Il est urgent de lire l'ouvrage courageux et critique de Patrick Declerck. "LES NAUFRAGES" Loin des sentiers battus ce psychanalyste apporte une réflexion sur la désocialisation. Il nous invite à remettre en cause notre relation aux victimes de l'exclusion: les SDF.
Ce livre c'est l'expérience de quinze ans de consultations psychiatriques auprès des clochards parisiens. La première partie « Routes », raconte les itinéraires . Au terme de ce voyage Célinien ( noirceur et désespérance sont bels et bien là !!!) s'ouvre une seconde partie, où l'on trouvera des hypothèses scientifiques. Le livre offre une vue nouvelle sur les mécanismes de la désocialisation. Declerck s'en prend au traitement inadapté: celui de la « réinsertion » par le travail .
L'auteur démonte les mécanismes de désocialisation. En en faisant des produits (les clochards ) passifs d'un processus extérieur d'exclusion, qui est assez flou puisqu'il permet d'englober toutes sortes d'individus, Declerck ne réfute pas cependant pas entiérement l'idée que la société sécrète les clochards, mais s'oppose à l'idée d'une passivité : le clochard se caractérise par une pathologie d'autodestruction particuliérement active, rarement consciente. Cela amène l'auteur à préférer le terme de « désocialisation »
Fort de son expérience de clinicien Centre d'accueil et de soins hospitaliers de Nanterre, pendant une quinzaine d'années, est de faire de la clochardisation ou de l'état de clochard le symptôme d'une psychopathologie spécifique. Il parle des dix à quinze mille individus profondément désocialisés qui vivent à Paris, et non pas l'ensemble de la population des SDF, Aucun cas de « réinsertion » n'a été relevé, pas de re-socialisation durable. P Declerck "La pathologie psychiatrique des clochards s'ancre sur une « souffrance-fond », mais c'est indémontrable d'origine intra-utérine : une souffrance si forte qu'elle vide le sujet de lui-même" . Le clochard est un adulte qui veut retourner au stade utérin.Le résultat c est une série d'actes manqués qui conduisent le sujet à s'autodétruire régulièrement
La clochardisation, l'alcoolisme les polytoxicomanies sont autant de barrières qu'élève l'individu dans un but anxiolytique, face à une angoisse et à une souffrance insupportables, qui déboucherait sur l'effondrement psychologique.
Declerck insiste sur le caractère multiétiologique de la clochardise. La présence d'individus venus de toutes les couches de la société, et la possibilité pour des individus confrontés à un choc de se clochardiser en quelques mois, quelques jours, voire quelques heures, révèle pour Declerck l'existence d'une pathologie dont il s'emploie dans la seconde partie « Cartes », à formuler des pistes thérapeutiques. Patrick Declerck décrit les pièges du sentimentalisme,de la pitié, de la colère et de la frustration du soignant face à des soignés qui s'autodétruisent.
Ceux qui douteraient encore de la dureté implacable de la vie des clochards, du suicide quotidien qu'elle représente, des carences de l'hébergement de secours, de l'immensité de la souffrance, se feront une opinion. Quant à l'absurdité de la question d'être SDF « par choix » elle ne se posera plus.
Punition ET assistance, sadisme ET charité se mélangent. Le SDF comme la prostituée, le toxicomane, le délinquant ou l'homosexuel “ est une figure de la transgression. La société doit toujours montrer à ceux qui souhaiteraient se détacher de la normalité que l'alternative est cruelle et douloureuse.
Il est question aussi des relations qui s'instaurent entre clochards et agents sociaux, entre soignants et soignés.
En montrant sa bonne volonté de réinsertion, mot fétiche de l'idéologie sociale, le clochard paye symboliquement les services sociaux. Mais en a t il vraiment envie de ce travail ? Se produit alors un transfert et un contre-transfert (du soignant sur le soigné). Le clochard est sommé de se réinsérer, alors qu'il en est incapable. Il doit par un coup de baguette magique, arrêter séance tenante toutes ses pratiques addictives pour être un bon candidat à la réinsertion, mais il est confronté à la peur d'être réinséré "dans la vraie vie" avec toutes ses contraintes et ses angoisses qu'il est bien incapable d'affronter.
C'est alors qu'une spirale sans fin se met en marche, faite d'actes manqués et de reprises de soins, suivies à nouveaux d'échecs, et ce jusqu'à la mort s'invite....
Declerck nous invite à accepter la chronicité du mal. Il faut accepter d'aider des hommes et des femmes tels qu'ils sont sans attendre rien de plus.
Sommes-nous prêts à les accepter et à nous occuper d'eux, tels qu'ils sont, sans vouloir les punir, sans vouloir à tout prix les engager dans une normalisation condamnée d'avance ?
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