Le sos des mal-logés
Controverse
Christophe Robert | Mercredi 21 Novembre 2012
Face à la crise du logement, il faut décréter l'urgence sociale. C'est une question de dignité, estime Christophe Robert, délégué général adjoint de la Fondation Abbé-Pierre.
La France s'enfonce dans la crise du logement : 3,6 millions de personnes sont mal-logées et 10 millions sont concernées. Ce diagnostic est désormais partagé par le nouveau gouvernement, puisque le logement semble figurer au rang de ses priorités : en août, adoption d'un décret sur l'encadrement des hausses des loyers ; en septembre, vote de la loi visant à mobiliser le foncier public et à augmenter à 25 % la part de logements sociaux dans la loi SRU.
Pour autant, tout reste à faire et plusieurs signaux appellent à la vigilance. La circulaire sur les expulsions locatives est parue seulement quelques jours avant le début de la trêve hivernale. Sa portée fut donc très limitée, puisque les expulsions ont malgré tout continué jusqu'au dernier jour de la trêve. Que dire par ailleurs des démantèlements inacceptables de bidonvilles ? Ou encore de l'urgence sociale ? Alors que les trois quarts des appels au 115 restent sans solution, il est prévu d'ouvrir temporairement 19 000 places d'hébergement. Malgré cet effort, on reste dans une logique de plan hivernal qui conduira à remettre les personnes à la rue une fois les beaux jours revenus. Le recours aux réquisitions a été annoncé. Mais quels sont les moyens financiers pour réhabiliter les logements vacants ? Le même sentiment domine face à la volonté de construire 150 000 logements sociaux par an.
INVESTISSEMENT DE LONG TERME
Pour changer de cap, le gouvernement doit agir de façon offensive pour produire 500 000 logements par an, réguler les prix, enrayer la ségrégation territoriale, prévenir les exclusions... Pour cela, des réformes structurelles sur le long terme s'imposent et nous attendons beaucoup du plan quinquennal de lutte contre la pauvreté, comme du projet de loi sur le logement annoncé pour 2013.
Face à l'urgence sociale, il faut agir immédiatement. Certes, on ne peut ignorer le contexte budgétaire tendu. Mais la prise en compte des coûts du mal-logement (nuitées d'hôtel, traitement sanitaire des conséquences du mal-logement...) doit conduire à considérer différemment l'investissement dans le logement. Une politique ambitieuse doit également être appréciée comme un investissement de long terme : en limitant le poids du logement dans le budget des ménages, elle leur redonnera du pouvoir d'achat. En favorisant la construction, elle dynamisera l'emploi dans le bâtiment. En luttant contre la précarité énergétique, elle agira contre le tarissement des ressources...
Mais c'est la question de la dignité des personnes qui doit nous guider. Sur ce point, la Fondation Abbé-Pierre s'exaspère de n'avoir bien souvent que ceci à répondre aux mal-logés : «Prenez votre mal en patience.»
http://bercy.blog.lemonde.fr/2012/09/07/le-nombre-de-pauvres-a-augmente-de-440-000-en-france-en-2010/
La dernière enquête de l'Insee sur les niveaux de vie, rendue publique vendredi 7 septembre, est explosive. Que constate-t-elle en effet ? Qu'en 2010, le niveau de vie médian (19 270 euros annuels) a diminué de 0,5% par rapport à 2009, que seuls les plus riches s'en sont sortis et que la pauvreté, en hausse, frappe désormais 8,6 millions de personnes, soit 440.000 de plus qu'un an plus tôt.
Avec la fin du plan de relance, les effets de la crise se sont fait sentir massivement. En 2009, la récession n'avait que ralenti la progression en euros constants du niveau de vie médian (+ 0,4%, contre + 1,7% par an en moyenne de 2004 à 2008). Il faut remonter à 2004, précise l'Insee, pour trouver un recul semblable à celui de 2010 (0,5%).
La timide reprise économique de 2010 n'a pas eu d'effets miracle, puisque pratiquement toutes les catégories de la population, y compris les classes moyennes ou moyennes supérieures, ont vu leur niveau de vie baisser. N'a augmenté que celui des 5% des Français les plus aisés.
Dans un pays qui a la passion de l'égalité, la plupart des indicateurs d'inégalités sont à la hausse. L'indice de Gini, qui mesure le degré d'inégalité d'une distribution (en l'espèce, celle des niveaux de vie), a augmenté de 0,290 à 0,299 (0 correspondant à l'égalité parfaite et 1 à l'inégalité la plus forte). Le rapport entre la masse des niveaux de vie détenue par les 20% les plus riches et celle détenue par les 20% les plus modestes est passé de 4,3 à 4,5.
Les inégalités ont continué de se creuser par le haut. Ainsi, entre 1996 et 2010, le niveau de vie moyen des 10% les plus aisés a augmenté d'environ 2,1% par an en moyenne contre 1,4% dans l'ensemble de la population. En 2010, c'est l'évolution des salaires, limitée dans le bas de la distribution des revenus, qui explique en partie l'accentuation des inégalités, les 10% les plus aisés ayant bénéficié à la fois de salaires plus dynamiques et des rendements élevés de leurs placements.
Déjà en hausse de 0,5 point en 2009, le taux de pauvreté monétaire a augmenté en 2010 de 0,6 point pour atteindre 14,1%, soit son plus haut niveau depuis 1997. 8,6 millions de personnes vivaient en 2010 en-dessous du seuil de pauvreté monétaire (964 euros par mois). Elles n'étaient que 8,1 millions en 2009. Mais il y a pire : une personne pauvre sur deux vit avec moins de 781 euros par mois.
En 2010, le chômage a peu contribué à l'augmentation de la pauvreté (les chômeurs représentent à peine 4% de l'accroissement du nombre des personnes pauvres). C'est du côté des inactifs qu'il faut plutôt se tourner : les retraités (11%), les adultes inactifs autres que les étudiants et les retraités (16%) - souvent les titulaires de minima sociaux - et les enfants.
Les moins de 18 ans contribuent pour près des deux tiers (63%) à l'augmentation du nombre de personnes pauvres. L'Insee fait observer qu'en 2009, l'accroissement du nombre d'enfants pauvres (ils vivent fréquemment dans des familles monoparentales) avait été contenue par le versement de deux primes exceptionnelles aux ménages dans le cadre du plan de relance (150 euros aux bénéficiaires de l'allocation de rentrée scolaire, et 200 euros de prime de solidarité active). L'institut rappelle aussi que les prestations familiales n'ont pas été revalorisées en 2010, après avoir bénéficié d'une revalorisation plus forte que prévu en 2009.
Claire Guélaud
Avec la fin du plan de relance, les effets de la crise se sont fait sentir massivement. En 2009, la récession n'avait que ralenti la progression en euros constants du niveau de vie médian (+ 0,4%, contre + 1,7% par an en moyenne de 2004 à 2008). Il faut remonter à 2004, précise l'Insee, pour trouver un recul semblable à celui de 2010 (0,5%).
La timide reprise économique de 2010 n'a pas eu d'effets miracle, puisque pratiquement toutes les catégories de la population, y compris les classes moyennes ou moyennes supérieures, ont vu leur niveau de vie baisser. N'a augmenté que celui des 5% des Français les plus aisés.
Dans un pays qui a la passion de l'égalité, la plupart des indicateurs d'inégalités sont à la hausse. L'indice de Gini, qui mesure le degré d'inégalité d'une distribution (en l'espèce, celle des niveaux de vie), a augmenté de 0,290 à 0,299 (0 correspondant à l'égalité parfaite et 1 à l'inégalité la plus forte). Le rapport entre la masse des niveaux de vie détenue par les 20% les plus riches et celle détenue par les 20% les plus modestes est passé de 4,3 à 4,5.
Les inégalités ont continué de se creuser par le haut. Ainsi, entre 1996 et 2010, le niveau de vie moyen des 10% les plus aisés a augmenté d'environ 2,1% par an en moyenne contre 1,4% dans l'ensemble de la population. En 2010, c'est l'évolution des salaires, limitée dans le bas de la distribution des revenus, qui explique en partie l'accentuation des inégalités, les 10% les plus aisés ayant bénéficié à la fois de salaires plus dynamiques et des rendements élevés de leurs placements.
Déjà en hausse de 0,5 point en 2009, le taux de pauvreté monétaire a augmenté en 2010 de 0,6 point pour atteindre 14,1%, soit son plus haut niveau depuis 1997. 8,6 millions de personnes vivaient en 2010 en-dessous du seuil de pauvreté monétaire (964 euros par mois). Elles n'étaient que 8,1 millions en 2009. Mais il y a pire : une personne pauvre sur deux vit avec moins de 781 euros par mois.
En 2010, le chômage a peu contribué à l'augmentation de la pauvreté (les chômeurs représentent à peine 4% de l'accroissement du nombre des personnes pauvres). C'est du côté des inactifs qu'il faut plutôt se tourner : les retraités (11%), les adultes inactifs autres que les étudiants et les retraités (16%) - souvent les titulaires de minima sociaux - et les enfants.
Les moins de 18 ans contribuent pour près des deux tiers (63%) à l'augmentation du nombre de personnes pauvres. L'Insee fait observer qu'en 2009, l'accroissement du nombre d'enfants pauvres (ils vivent fréquemment dans des familles monoparentales) avait été contenue par le versement de deux primes exceptionnelles aux ménages dans le cadre du plan de relance (150 euros aux bénéficiaires de l'allocation de rentrée scolaire, et 200 euros de prime de solidarité active). L'institut rappelle aussi que les prestations familiales n'ont pas été revalorisées en 2010, après avoir bénéficié d'une revalorisation plus forte que prévu en 2009.
Claire Guélaud
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